L’étalonnage
Après le montage, le film est pratiquement terminé… mais son apparence ne l’est pas encore.
Les couleurs peuvent varier d’un plan à l’autre, certaines images peuvent être trop claires ou trop sombres, et l’ambiance visuelle recherchée par le réalisateur n’est pas toujours visible.
Pour préserver un maximum d’informations, les caméras de cinéma enregistrent souvent les images dans un profil très peu contrasté (appelé Log). L’image paraît alors terne et délavée, mais elle contient davantage de détails pour l’étalonnage. 😉

L’étalonnage va permettre d’harmoniser l’ensemble du film et de lui donner son identité visuelle définitive.
Un étalonnage réussi se prépare bien avant le tournage.
Préparation avant le tournage
Le Directeur de la Photographie également appelé Chef Opérateur est la personne responsable de l’image du film, il est présent avant, pendant et après le tournage. Ce n’est pas lui qui va étalonner le film, mais il sera présent aux côtés de l’Etalonneur pour le guider vers les attentes du réalisateur.
👉 Plus il y aura de modèles de caméras différents, plus l’étalonnage sera complexe et long.
Chaque constructeur interprète légèrement différemment les couleurs, le contraste et la réponse du capteur. Mélanger plusieurs caméras demande donc davantage de travail pour obtenir un rendu homogène.
Il est donc important de consacrer du temps au choix et à l’étude du comportement des caméras et au rendu des images filmées, d’où l’étape indispensable des essais caméras où différents tests sont réalisés (caméras, objectifs, hautes lumières, basses lumières, couleurs…).
Réglages des caméras
Les essais caméras sont effectués avant le tournage, chez le loueur de matériel ou en conditions réelles, afin de valider le choix d’une caméra et de ses réglages.
Une fois le tournage commencé, chaque situation de prise de vue nécessite des réglages adaptés. Ces choix influencent directement la qualité de l’image enregistrée et faciliteront le travail d’étalonnage en post-production.

Réglage des paramètres de la caméra – Illustration IA
La balance des blancs
Une caméra ne voit pas les couleurs comme notre œil.
C’est justement le rôle de la balance des blancs…
Avant de pouvoir restituer fidèlement les images d’une scène, il est indispensable de régler la balance des blancs. Ce réglage permet à la caméra d’identifier correctement ce qui doit être considéré comme blanc et d’adapter le rendu des couleurs à l’éclairage du moment.

Exemple simplifié de l’influence de la température de couleur sur le rendu de la lumière – © Pergola Lights
L’image ci-dessus illustre bien ce qu’est la température de couleur, les ambiances chaudes ont une faible valeur ( exprimée en Kelvin ), alors que les ambiances froides ont une valeur plus élevée.
Lorsque ce réglage est incorrect, l’image peut présenter une dominante chaude ou froide. L’exemple ci-dessous montre l’effet d’une balance des blancs mal réglée puis corrigée.

Balance des blancs incorrecte (gauche) et corrigée (droite) – Illustration IA
Le chef opérateur utilise souvent une sonde permettant de mesurer rapidement l’éclairement et la température de couleur de la scène. Malgré cela, les chartes de balance des blancs et les ColorChecker restent des références essentielles pour garantir la cohérence des images.
Explication de la température de couleur sur © Cinéastuces
Sur cette vidéo ci-dessus, Vincent Tulli nous explique comment régler un problème de tournage avec deux températures de couleur différentes lors d’une même prise.
La charte de couleurs (Color Checker)
Ça va se compliquer un petit peu 🤔

Tests d’une caméra en conditions réelles – Illustration IA
Et là vous vous dîtes : « Mais c’est quoi cette plaquette avec toutes ces couleurs ? 🤔 ».
Cette charte de couleurs également appelée Color Checker ou Charte de couleurs Mac Beth, constitue une référence connue : chaque carré possède une couleur précise dont les valeurs sont parfaitement définies. Lors de l’étalonnage, il est alors possible de comparer les couleurs filmées avec ces valeurs de référence afin de corriger les éventuels écarts.
Pour les caméras professionnelles, cette charte permet de contrôler et d’ajuster la restitution des couleurs au moment du tournage, et pour les caméras grand public, il suffit souvent de filmer cette charte afin de corriger ou d’harmoniser les couleurs par la suite dans le logiciel d’étalonnage.
Sans entrer dans les détails, d’autres paramètres influencent également le rendu de l’image : vitesse d’obturation, ouverture du diaphragme, filtres ND ou encore sensibilité ISO. Un réglage correct de ces paramètres facilitera ensuite le travail de l’étalonneur et contribuera à la qualité des images enregistrées.
L’étalonnage des rushes
Les mires et chartes utilisées sur le plateau constituent des repères précieux pour obtenir une image cohérente et homogène. Sans elles, obtenir un rendu homogène d’un plan à l’autre serait beaucoup plus difficile.

Séance d’étalonnage des rushes – Illustration IA
Une fois le montage image validé, les plans retenus sont préparés pour les différentes étapes de la post-production, notamment le son et l’étalonnage.
La première étape consiste à examiner chaque plan séparément afin d’ajuster l’exposition, la balance des blancs, le contraste et les couleurs.
C’est à ce moment que les chartes colorimétriques et les mires de balance des blancs filmées au début des prises deviennent particulièrement utiles 😉.
Selon le budget de la production, l’étalonnage des rushes peut être confié à un étalonneur dédié, distinct de l’étalonneur principal chargé de la version finale du film.
Notes techniques
Ne faites pas de malaise cardiaque avec l’image ci-dessous, je vais tout vous expliquer 😂

Illustration des espaces colorimétriques – © Stéphan Lucas
Sur ces deux diagrammes, la zone multicolore représente l’ensemble des couleurs perceptibles par l’œil humain.
Image de gauche : Les triangles visibles dans le diagramme de gauche correspondent à différents espaces colorimétriques (DCI P3 et REC.709).
Imaginez que chaque espace colorimétrique soit une palette de peinture. Plus la palette contient de couleurs, plus il est possible de reproduire fidèlement des teintes variées. Les triangles ci-dessus représentent justement l’étendue de ces palettes.
Le Rec.709 possède une « boîte » plus petite que le DCI-P3. Un film étalonné pour le cinéma peut donc exploiter des couleurs que la télévision HD ne peut pas reproduire intégralement.
Attention, cela ne signifie pas qu’un film en DCI-P3 est forcément plus beau. Cela signifie simplement qu’il dispose d’une palette de couleurs plus étendue.
Image de droite : les couleurs de la charte ColorChecker occupent des positions précises dans l’espace colorimétrique. Lors de l’étalonnage, elles servent de référence pour vérifier que la caméra restitue correctement les couleurs, quel que soit l’espace colorimétrique de travail ou de diffusion (Rec.709, DCI-P3, Rec.2020…).

Derrière cette simple charte colorée se cache donc un véritable outil de référence pour le travail de l’étalonneur 😉.
Une fois les couleurs de référence correctement restaurées, le véritable travail créatif et technique de l’étalonneur peut commencer.
Après cette petite somnolence colorisée 😴, passons à la dernière étape.
L’étalonnage final
L’étalonneur va harmoniser les plans d’une même séquence afin d’assurer une continuité visuelle cohérente.
Même si l’étalonnage des rushes a permis de retrouver des images proches des conditions réelles du tournage, le travail est loin d’être terminé.
Les différents plans d’une scène peuvent avoir été filmés à plusieurs heures d’intervalle, voire sur plusieurs jours.
Il en résulte souvent des variations de luminosité, de contraste ou de couleur qu’il faut corriger pour préserver l’homogénéité de la séquence.

Tournage sur une journée entière – Illustration IA et Stéphan Lucas
Mais parfois, l’étalonnage ne peut pas faire de miracle. Sur cette image ci-dessus, les couleurs et la luminosité ont été harmonisées, mais les ombres restent différentes. Elles trahissent les heures de tournage et rendent le raccord plus difficile. 🤔
Je vous l’accorde, ce détail passe souvent inaperçu lorsqu’on regarde un film. D’ailleurs, si vous y prêtez attention, vous retrouverez ce problème dans de nombreux films.
Après avoir harmonisé une scène, l’étalonneur s’attache aux détails des images.

Correction localisée du ciel Avant/Après – © Stéphan Lucas
Sur cette image, j’ai corrigé uniquement le ciel afin de le rendre un peu plus bleu sur l’image de droite. C’est exactement le type d’ajustement localisé qu’un étalonneur réalise pour raccorder un plan avec celui qui le précède ou le suit.
Il peut s’agir d’une flamme à raviver, d’un regard à mettre en valeur ou encore d’un objet trop voyant dont il réduira l’impact pour ne pas distraire le spectateur.
Il ne faut pas oublier les VFX, qui parfois, sont encore en fabrication au moment de l’étalonnage et certaines images devront être réajustées une fois les VFX intégrés
Lorsque le film est harmonisé et que les VFX sont intégrés, vient alors la dernière touche artistique. Comme la musique pour le son, l’étalonnage va contribuer à orienter l’ambiance du film, le look.

Séance de finalisation de l’étalonnage avec le réalisateur – Illustration IA
Dans une comédie, la musique sera souvent vive et entraînante. De la même manière, l’étalonnage privilégiera généralement des couleurs plus riches et des contrastes plus marqués.
À l’inverse, un drame ou un film policier adoptera souvent une ambiance plus sobre. Les couleurs pourront être plus froides et les contrastes plus discrets, même s’il ne s’agit évidemment pas d’une règle absolue. 😉
Pour l’exemple illustré ci-dessus, le réalisateur a fait le choix d’un étalonnage sobre et contrasté afin de renforcer la tension de la scène.
L’étalonneur Yov Moor nous parle de son métier – sur © CST
L’étalonnage est souvent invisible pour le spectateur. Pourtant, il joue un rôle essentiel dans la narration en guidant le regard, en assurant la continuité visuelle et en donnant au film son identité.

Explorer les autres étapes de la post-production
