La finalisation

Quand on parle de la post-production, on pense immédiatement au montage image et son, au mixage ou à l’étalonnage. Mais lorsque le film est terminé et validé par le réalisateur, il reste une dernière étape : la finalisation.

Elle fait peut-être moins rêver 😍, mais c’est elle qui permet de fabriquer les différentes versions et de préparer les fichiers qui seront projetés en salle ou diffusés sur d’autres supports.

Salle de projection chez Technicolor – Illustration IA

Les génériques

Le film est terminé, mais il reste encore quelques finitions à réaliser, comme les génériques.

Les pré-génériques ou génériques de début souvent accompagnés de musique plantent le décor du film, ils sont très utilisés et demandent une vraie mise en scène et parfois même, les logos producteur ou distributeur peuvent être modifiés pour coller à l’ambiance du film.

Fabrication d’un générique de fin – Illustration IA

Les génériques de fin peuvent être un vrai casse-tête car il faut coller au temps de la musique, n’oublier personne même si tout le monde ne peut pas y être bien sûr et ne froisser personne sur l’ordre d’apparition.

Il faut jouer sur la typographie (police, couleur, grosseur), le temps de défilement, obtenir tous les logos à temps et espérer que la musique sélectionnée sera la bonne.

Il m’est déjà arrivé de voir un générique de fin défiler du haut vers le bas et j’avoue que ça surprend quand même 🤔

Les différentes versions du film

Le film est enfin terminé et il faut prévoir quelques versions supplémentaires.

Prenons le cas d’un film en langue française avec un son 5.1 avec les différentes versions à fabriquer ci-dessous :

Les différentes versions du film – Illustration IA

Chaque nouvelle version demande un visionnage de contrôle supplémentaire donc énormément de temps.

Explications complémentaires

Atmos : c’est du son en 3D avec des haut-parleurs au plafond.

VI : c’est la Version Internationale du film, autrement dit, la version sans les voix originales françaises, dans notre exemple, le pays demandeur rajoute ses voix au doublage.

Pour Titanic avec les voix françaises, le mixeur français a utilisé la Version Internationale américaine pour rajouter les voix françaises du doublage.

Versions pour le handicap

Sur la partie violette de l’image ci-dessus, vous voyez trois versions du film pour le rendre accessible à tous, voici à quoi cela correspond :

HI : pour Hearing Impaired, soit en Français, handicap auditif ou malentendant.

Il s’agit d’une version audio adaptée aux personnes malentendantes. Les dialogues sont mis davantage en avant pour améliorer leur compréhension.

Pour y parvenir, le mixeur augmente le niveau de la voie centrale contenant les dialogues et réduit certains sons ambiants ou effets qui pourraient masquer la parole.

L’exploitation de cette version n’est, hélas, pas très répandue.

VI : pour Visual Impaired, soit en Français, handicap visuel ou malvoyant.

Il s’agit d’une audiodescription de la scène. Une voix décrit ce qui se passe à l’écran pendant les moments sans dialogue.

les images » – 25 min 53 s

L’audiodescription est un métier à part entière. Ce documentaire ci-dessus présente les différentes étapes de sa création, depuis l’écriture jusqu’à l’enregistrement de la voix.

SME : pour le sous-titrage Sourds et Malentendants.

Il s’agit de sous-titres dédiés aux personnes qui ont perdu l’audition ou quasiment. Les sous-titres utilisent un code couleur afin d’identifier l’origine d’un dialogue, d’un bruit ou d’une musique.

Blanc : un personnage parle à l’écran.

Jaune : un personnage parle hors écran.

Cyan : une pensée ou voix off.

Vert : indications de langues étrangères.

Rouge : indication de bruit.

Magenta : indication musicale.

Astérisque ( * ) : le son provient d’un haut-parleur.

… : silence de plus de 20 secondes (placé à gauche de l’image).

… ou … : le bruit ou la musique continue (plac

Les sous-titres Sourds et Malentendants – Illustration IA et Stéphan Lucas

👉 A noter pour les sous-titres en langues étrangères :

  • Si la langue étrangère est déjà traduite dans le film, le sous-titre SME apparaîtra en français précédé de l’indication de la langue entre crochets.

Exemple :

[Parle en anglais] Bonjour, où se trouve le métro ?

  • Si la langue étrangère n’est pas traduite dans le film, le sous-titre SME indiquera simplement la langue parlée entre crochets.

Les versions du films sont enfin validées, il est temps de fabriquer le produit final, à savoir, le DCP 😉

Le DCP

Le DCP est en quelque sorte la version numérique de la pellicule argentique 35 mm en plus pratique et peut-être moins polluant.

Copie 35 mm vs Copie numérique DCP – Illustration IA

C’est un fichier numérique qui peut se décliner facilement en plusieurs versions annexes, alors que pour la copie 35 mm, il fallait une nouvelle copie pour chaque version !

Un DCP ou Digital Cinema Package est universel, il peut être lu dans toutes les salles de cinéma du monde. Il contient l’image, le mixage, les sous-titres et des métadonnées.

Souvent, le DCP est crypté pour n’être utilisé que par une seule salle à un moment donné, cette clé de décryptage s’appelle un KDM pour Key Delivery Message.

À ce stade, le DCP et ses différentes versions ont été fabriqués. Avant d’être envoyés dans les salles de cinéma, ils doivent encore être vérifiés.

Le contrôle qualité ou QC pour Quality Control

Même lorsqu’il s’agit d’un fichier numérique, il est indispensable de visionner le film afin de vérifier qu’aucune erreur ne s’est glissée dans l’image, le son, les sous-titres ou le générique.

Le laboratoire numérique qui fabrique DCP est chargé de cette vérification mais ce sont le réalisateur et le directeur de post-production qui valident cette étape … ou pas 😂

QC en présence du réalisateur – Illustration IA

En effet, on détecte toujours le petit défaut que le logiciel de contrôle qualité ou le technicien du laboratoire n’a pas décelé.

👉 Exemples de défauts que j’ai déjà rencontrés :

  • Format d’image
  • Nomenclature du fichier (CPL)
  • Routage audio
  • Synchronisation flottante
  • Pixel défecteux
  • Faute dans les sous-titres
  • Problème d’étalonnage
  • Bip de synchro présent
  • Clics audios
  • Amorce de fin présente
  • Etc…

Le problème, c’est que même après plusieurs visionnages, on détecte toujours de nouveaux défauts mais dans certains cas, il est financièrement et techniquement impossible de réparer le défaut.

Imaginez une petite erreur de mixage que le labo demande de modifier. La production doit rappeler le mixeur, voire, l’équipe du montage son, louer à nouveau une salle de montage et un auditorium de mixage puis décliner à nouveau toutes les versions et les réécouter une par une 😩

Ces différentes versions sont contrôlées dans une salle de projection dédiée à la post-production.

Les projections

La salle de projection est la plaque tournante de la post-production. Réservée aux professionnels, elle sert de référence pour l’ensemble des contrôles qualité et doit donc être parfaitement calibrée.

Les différentes projections en post-production – Illustration IA

Voici plus ou moins chronologiquement à quoi correspondent ces projections.

Projections : essais caméras et rushes de tournage

Les essais caméras se font logiquement avant le tournage. Ce visionnage permet à l’équipe technique et à la production de valider les choix de caméras, d’objectifs et d’autres paramètres techniques.

Les rushes de tournage ne se font plus en salle de projection comme à l’époque du 35 mm. Autrefois, le seul moyen de visionner les prises du jour (ou plutôt celles de la veille, le temps de développer la pellicule) était de les projeter dans une salle équipée d’un projecteur 35 mm.

Visionnage des rushes de nos jours – © PAIFF

Aujourd’hui, même si des tournages se font toujours en 35 mm, les rushes sont scannés en fichier numérique 4k et visionnés sur un poste de montage.

Projections de montage image et son

Après les rushes de tournage vient la première projection de montage, appelée « ours », à laquelle viendront se greffer de nombreuses autres projections au fil de la fabrication du film.

Ces projections se déroulent en présence de toute l’équipe (montage, bruitage, mixage, étalonnage, VFX, etc.). Elles permettent d’affiner progressivement le montage mais aussi de faire découvrir le film aux techniciens qui vont y travailler et de discuter des directions à prendre.

Projection de travail pas très joyeuse a priori 😂– Illustration IA

Le monteur son vient parfois projeter seul un passage du film pour lequel il peut avoir un doute en terme de niveau, de spatialisation afin de s’assurer de la cohérence de son travail.

Projections de bruitage et de VFX

Les projections de bruitage sont relativement rares, mais il m’est arrivé d’en organiser lors de séances particulièrement complexes. Uniquement les bruitages sont audibles dans la salle.

En ce qui concerne les VFX, au même titre que les rushes de tournage, ils étaient régulièrement projetés en salle quand ils étaient en 35 mm. Actuellement, les projections de VFX sont très ponctuelles, mais elles permettent au réalisateur de se rendre compte du résultat sur grand écran.

Les génériques de début et de fin sont également projetés en plusieurs versions afin de valider les choix du réalisateur.

Projections de mixage et d’étalonnage

Les projections de mixage et d’étalonnage sont des projections assez pointues. Elles ont souvent lieu dans des salles différentes car trouver une salle calibrée à merveille à la fois pour le son et l’image est assez rare.

Au même titre que pour le montage son ou le bruitage, le mixeur qui mixe dans un nouvel auditorium de mixage qu’il ne connait pas encore, aura tendance à aller dans une salle de projection qu’il connait bien de façon à voir si son mixage se transporte bien. Les salles de projection de post-production sont des références.

Validation du mixage après rectifications – © Jacob Lund

Une fois son mixage terminé, une projection de fin de mixage aura lieu avec l’équipe du son et la production. A l’issue de cette projection, des rectifications seront prévues ou non et le mixage sera définitif.

Le processus sera le même pour l’étalonnage. L’étalonneur peut également faire des allers et retours en salle de projection pour s’assurer qu’il prend la bonne direction avant de présenter son travail à l’équipe du film.

Projections de diffusion

Il s’agit de projections non techniques destinées à présenter le film à des distributeurs potentiels, à la presse, aux comédiens ou autres invités.

Ces projections ne sont pas systématiquement effectuées lorsque que le film est terminé, au contraire, bien souvent le film vient tout juste d’être monté que des projections de distribution sont organisées, en effet, sans distributeur, il ne pourra pas être diffusé en salles.

Cinéma le Plazza à Genève – Illustration IA et © Stéphan Lucas

Dans ce type de projection, un carton d’information peut apparaître avant le début du film.

Projections des versions livrables

Ces projections sont purement techniques. Il s’agit de valider toutes les différentes autres versions du film et cela demande beaucoup de temps.

  • Versions sous-titrées : (Anglais, autres pays selon les festivals, Sourds et Malentendants, 3D)
  • Versions sonores : mono, stéréo, 7.1, Atmos, HI et VI, TV, Blu-Ray Version Internationale
  • Version 3D

Si un défaut apparaît lors du visionnage, il faut relancer la fabrication et vérifier à nouveau le film et quand il s’agit de film de 3h00, cela devient vite chronophage 🤔.

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