la post-synchronisation

Au même titre que les séances de bruitage, la post-synchronisation est une étape particulièrement intéressante de la post-production. J’ai eu la chance de travailler plusieurs années dans des auditoriums de post-production et j’en garde de très bons souvenirs 😊

Auditorium de post-synchronisation (Auditoriums de Boulogne) – Illustration IA et © Stéphan Lucas

Si l’on est pas du métier, il est facile de confondre la post-synchronisation et le doublage. Au premier abord, les deux activités sont très semblables : un auditorium d’enregistrement, un comédien et une bande rythmo qui défile sous l’écran 🤔

Séance de post-synchronisation – Illustration IA

Le doublage consiste à remplacer les dialogues originaux d’un film par une version dans une autre langue. C’est le cas lorsque l’on regarde un film américain en version française.

La post-synchronisation consiste à réenregistrer en studio une voix déjà tournée pour diverses raisons.

On parle de post-synchronisation car les dialogues sont enregistrés après le tournage (post) puis synchronisés sur les mouvements des lèvres du comédiens.

👉 Dans le cas de l’animation, deux situations existent :

  • Si les voix sont enregistrées dès la création du film (version originale), on ne parle pas de doublage mais d’enregistrement original.
  • En revanche, lorsqu’un film est adapté dans une autre langue, on parle simplement de doublage.

Pourquoi recourir à la post-synchronisation ?

Une séance de post-synchronisation ne se décide pas du jour au lendemain et n’est pas systématique, certaines productions n’en ont pas besoin. Il existe différentes raisons d’y recourir mais cela se décide en post-production, lors d’une projection de détermination également appelée à tort, détection.

Projection de détermination avec l’équipe – Illustration IA

Comme vous pouvez le voir, une projection de détermination ne se fait pas en salle de projection mais dans un auditorium car les participants ont besoin de la console de mixage. C’est à ce moment précis que se décide si le film devra repasser en studio pour enregistrer à nouveau les voix.

Les participants sont généralement :

  • Le réalisateur
  • Le producteur
  • Le directeur de post-production
  • Le mixeur
  • Le responsable des post-synchos
  • Le monteur son
  • Le monteur des directs
  • Le monteur image
  • Le chef opérateur son des directs

Le montage des sons directs (issus du tournage) est ramené à la surface de la console de mixage afin d’avoir accès à chaque source sonore et la projection du film peut commencer avec beaucoup d’arrêts, de retours en arrière et de discussions.

Console de mixage – © Keywords Studios

Dès qu’un doute apparaît sur la compréhension d’un dialogue, la projection s’arrête et l’on se demande si le défaut peut être rattrapé au mixage 🤔. Si le son direct monté n’est pas exploitable, le monteur des directs cherche une autre prise du même plan pour trouver une solution.

La priorité est de garder les sons directs pour des raisons artistiques, mais également afin d’éviter une séance de post-synchronisation qui contraindrait à rappeler le comédien, louer un auditorium, etc. Cela représente un coût important pour la production.

Le problème détecté peut se situer au niveau du jeu de l’acteur : une réplique peu perceptible, une respiration trop présente, un cri qui n’était pas satisfaisant, un changement de texte, une mauvaise intonation, etc.

Bande Rythmographique calligraphiée – Illustration IA

Le problème peut aussi être d’ordre technique comme une saturation, un mauvais placement de micro, un bruit parasite ambiant ou les mouettes d’Essaouira qui couvrent les voix des comédiennes sur la photo plus haut, etc.

Enfin vous avez aussi les post-synchronisation d’ambiance comme par exemple, une manifestation, une ambiance de café ou de restaurant, de hall de gare, etc. Il m’est arrivé plusieurs fois de participer à des enregistrements d’ambiances.

Cas particulier : j’ai eu le cas d’une post-synchronisation de guitare. La prise de son du direct n’était pas bonne et le musicien en auditorium a dû synchroniser son jeu de guitare avec les gestes du comédien à l’image 🎸

Déroulement d’une séance

Dans les studios de cinéma ou plus précisément les auditoriums, le technicien chargé de préparer la séance est appelé recorder ( mon ancien travail 😊). Il prépare l’auditorium pour la post-synchronisation : moquette au sol, réseau de casques pour les comédiens et techniciens, et installation de la Fisher (grande perche télescopique micro haut de gamme).

Le technicien son à la console d’enregistrement qui parfois est le mixeur du film ou le recorder de la séance 😎, prépare l’acoustique de la pièce en fonction de la scène à reproduire.

Mais pourquoi adapter l’acoustique ? 🤔

Dans la « vraie vie », en intérieur, la voix est généralement accompagnée d’une légère réverbération naturelle liée aux réflexions sur les murs, le sol et le plafond, tandis que si l’on parle en pleine nature à l’extérieur, la voix se disperse et ne revient pas vers nous, il n’y a pas de réflexion.

L’objectif est de retrouver l’acoustique du lieu de tournage afin que les dialogues réenregistrés se fondent naturellement avec les prises de son originales. Pour cela, le technicien privilégie autant que possible l’acoustique réelle de l’auditorium aux traitements artificiels ajoutés après l’enregistrement.

Configuration absorbante (extérieur) vs configuration réfléchissante (intérieur) – Illustration IA

Prise de son en extérieur :

  • réverbération quasi nulle
  • rideaux latéraux présents
  • plafond en position mate (absorbant)

👉 On se rapproche du principe d’une chambre sourde : en extérieur, le son ne résonne pas.

Prise de son en intérieur :

  • légère réverbération
  • rideaux latéraux retirés
  • plafond en position réfléchissante

👉 En intérieur, il existe généralement une légère réverbération naturelle.

Sur certains films, si vous prêtez l’oreille, vous entendrez que l’acoustique de la voix ne correspond pas au décor → post-synchronisation enregistrée dans une acoustique inadaptée.

Séance de doublage aux Masé Studios – © Télérama

Le reste de l’équipe rejoint alors l’auditorium : les comédiens, bien sûr, le réalisateur, le responsable des post-synchronisations, le monteur des directs, le perchman ainsi que le directeur de post-production, qui reste souvent à l’extérieur de l’auditorium pour travailler et passer des appels.

C’est un exercice délicat pour le comédien, qui doit se replonger dans la peau du personnage alors que le tournage est terminé depuis plusieurs semaines.

Le réalisateur est présent pour le remettre dans le jeu et le guider, comme sur le tournage. Lorsqu’il n’est pas disponible, le responsable des post-synchronisations prend le relais.

Comédien en séance de post-synchronisation – © Studios Prune

Le comédien doit donc se replonger dans son rôle mais il doit aussi gérer la synchro, il a un rythme à garder.

En France, nous utilisons la technique de la bande rythmo contrairement à d’autres pays. Elle n’est pas là juste pour donner le top départ de la prise de son, elle sert également à synchroniser chaque mot, chaque son, chaque labiale du comédien à l’image.

Il ne s’agit pas seulement d’un texte simple, il y a un vrai langage destiné au comédien.

Exemples

  • Pour les respirations, quand on inspire il y a un « h / » avec trait qui monte et pour l’expiration un « h \ » avec un trait qui descend.
  • Pour le volume sonore de la voix qui augmente c’est une flèche qui monte ↗ et inversement avec une flèche qui descend ↘.

Pour rester synchrone avec le mot prononcé, le calligraphe qui écrit le texte sur la rythmo prolonge la durée du mot pour coller aux labiales.

Fabrication d’une bande rythmographique calligraphiée– Illustration IA

👉 Les bandes rythmographiques calligraphiées au format 35 mm n’existent plus maintenant, elles sont fabriquées sur ordinateur via une application comme Voxdub et projetées via un vidéoprojecteur

La méthode anglo-saxonne : l’ADR

Il existe une autre méthode utilisée dans les pays anglo-saxons pour la post-synchro, il s’agit de l’ADR pour Additionnal Dialogue Recording ou encore Automated Dialogue Replacement.

Le principe : le comédien écoute sa voix issue du son direct plusieurs fois au casque. Lorsqu’il se sent prêt, le technicien lance l’enregistrement. Le comédien entend alors trois bips successifs au casque et peut commencer sa postsynchronisation.

🎬 Exemple d’une séance d’ADR : déroulement d’un enregistrement – © Deity Microphones

Quelle que soit la méthode, souvent, il ne s’agit que de quelques répliques, donc l’exercice est assez court. Le preneur de son lance alors la scène deux ou trois fois sans enregistrer, simplement pour échauffer la voix.

Le comédien écoute plusieurs fois la prise de son originale au casque. Il ne cherche pas seulement à répéter le texte : il doit également retrouver le rythme de la phrase, l’intention du jeu, les respirations et parfois même certaines hésitations ou défauts de diction présents dans la prise originale.

Plusieurs prises sont ensuite enregistrées, jusqu’à obtenir une interprétation satisfaisante.

Lorsque le jeu est juste, la synchronisation labiale devient souvent plus naturelle. Certains comédiens retrouvent immédiatement les intentions du tournage, tandis que d’autres nécessitent davantage de prises pour retrouver les mêmes émotions et le même rythme. Je me rappelle de Benoît Poelvoorde, qui n’avait besoin que d’une ou deux prises, il trouvait le ton juste tout de suite, c’était bluffant.

Séance d’ADR sans rythmo sous l’écran – © Studiobinder

L’un des avantages de l’ADR est sa souplesse. Certains réalisateurs comme Roman Polanski ou Jean-Jacques Annaud ont régulièrement travaillé avec des comédiens situés dans d’autres pays. Le réalisateur suit alors la séance à distance et peut diriger le jeu comme s’il était présent dans l’auditorium.

Mais la réalité des séances est parfois plus contrastée…

J’ai pu assister à une séance avec un comédien très connu qui a refusé de post-synchroniser une scène qui ne lui plaisait pas. En effet, à ce stade de la post-production, les comédiens n’ont pas encore vu le film étant donné qu’il n’est pas terminé et c’est la surprise 🧐.

La prise de son

Selon les moyens de la production et les besoins du film, un perchman peut être présent.

Il peut utiliser une perche télescopique simple, comparable à une canne à pêche. Il arrive également qu’il n’y ait pas de perchman, le micro étant alors placé sur un pied.

Perche téléscopique J.L.Fisher Model 2 – Illustration IA

La perche télescopique visible sur la photo ci-dessus est un modèle haut de gamme de la marque Fisher que nous utilisions dans nos studios. Elle permet au perchman de suivre précisément le jeu du comédien. La perche et le micro (qui peut pivoter à 360°) sont manipulés de manière totalement silencieuse. Le silence est en effet essentiel dans les auditoriums d’enregistrement.

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